Ce projet est né au départ d’une question personnelle : « Où vont nos souvenirs après la mort ? » Vous savez, ces images d’une vie entière qui défilent à l’arrivée du « Grand Sommeil » puis qui s’effilochent pour disparaître... Mais ces images disparaissent t-elles vraiment ? existe-il un lieu qui les rassemble : « Une Grande Bibliothèque des Souvenirs » où continuent à vivre les images d’une expérience terrienne interrompue. Petit à petit l’évidence du sommeil est apparue en écho comme une passerelle, un fil conducteur avec le « Grand Sommeil ». Dans cette considération propre, la piste voilée de ce que nous vivons derrière nos paupières closes s’est imposée dans ses multiples interrogations... Les personnes inconnues que nous retrouvons, rencontrons ou incarnons dans nos rêves, qui nous semblent si familières le temps du songe ?
Aussi, cette quête du sommeil a débuté par une simple recherche photographique de dormeurs sur Internet. Au fur à mesure des découvertes obsessionnelles des positions étranges du sommeil, l’envie de rendre compte de cette extraordinaire collection d’images, de lui donner une existence publique autre, m’a conduit vers une proposition dramaturgique de rue à 3 temps, allant de la réalité-fiction, l’installation plastique, jusqu’à la théâtralité. Dans cette imprégnation progressive du sommeil, les questionnements du « Passeur » sur les rêves, l’éventualité d’une frontière entre le sommeil et la mort sont un prétexte pour le public d’y voir ses propres interrogations ou de construire sa propre histoire sur une autre réalité possible. « Si la mort était le premier voyage ! S’il suffisait d’écouter quelqu’un dormir pour mieux le connaître ! Si nous étions jugé d’avoir rêvé trop fort ! » ( tout comme le roman de Bruno Schultz - Le sanatorium au croque mort). Il n’y aurait rien de plus terrible ! A travers, cette création je tente de questionner le rapport que nous entretenons avec notre esprit en sommeil, et les images cachées qu’il contient le temps du rêve. L’inavoué sur nous-même. Notre part d’ombre étrange endormie, ce que nous sommes durant l’état de veille et l’état de conscience. Une projection sur notre inévitable disparition, un espace où l’on regarde dormir... « Se regarde dormir ».
Anthony Gouraud