Note d’intention




Se regarder dormir...

Un matin, je me suis surpris à imaginer que les rêves pourraient être le divertissement des morts « Oui ! Si c’étaient les trépassés qui concevaient nos rêves ; que viendrait-ils nous dire dans le réel s’ils décidaient de nous visiter ? Peut-être s’ennuient -ils à cause d’une société en perte de sommeil. De toute évidence le sommeil est déréglé !” C’est ainsi qu’est né trépasse... Approche singulière de la mort et des songes, cette création n’a pas pour objet de les redéfinir, mais d’évoquer d’avantage leur liberté impalpable : L’Ame et l’Inconscient. Que se passerait-il en effet, si cette liberté était soudain rompue ? Si on pouvait nous écouter dormir, et être jugés pour nos fantasmes et transgressions inconscients ?

Pour une immersion progressive des « habitants-passants » vers ce propos, j’ai conçu une dramaturgie évolutive en puzzle où durant sept jours l’inhabituel s’installe dans un quartier entre installation, fiction et théâtralité. Dans un quotidien transgressé, des “signes” apparaissent peu à peu dans leurs rues qui les interrogent sur ce qui a pu, où va se passer ici (croix, caisses...). L’ambiguïté de l’installation se révèle quant à la nuit tombée les caisses s’éclairent, laissant entrevoir des Dormeurs emballés dans leurs tissus blancs. Est-ce la mort, cette grande inconnue que nous contemplons ? Le dispositif laisse à penser qu’ici les défunts persistent à vivre (paillasson, chaussures, caisses avec boites aux lettres). Vont-ils dès lors se réveiller pour nous parler de nos rêves ? Dans ce premier temps, tout se passe dans la suggestion afin que le passant soit libre d’y poser son interprétation en écho avec sa propre histoire ; une manière allégorique de dire que les défunts continus à vivre dans nos songes. Cette installation renferme à sa façon les interrogations universelles sur notre disparition charnelle et nos souvenirs qui s’effilochent à l’arrivée du grand sommeil.

Ainsi au fil des jours les Dormeurs qui ont déserté leurs caisses et abandonné leurs linceuls pour Dormir dans différents espaces du quartier, deviennent les représentants transfrontaliers d’un temps en suspens et ambivalent. Au moment de cette « résurrection », les Gardiens du Sommeil incarnent une pensée normée et conditionnée par les rituels journaliers qui révèlent peu à peu les intentions sournoises du Passeur de briser l’intimité des songes (déclamations publiques de récits, palissade de rêves...). C’est à la fois dérangeant et drôle, ubuesque même ! Les déserteurs qui ont finalement regagné le sol le septième jour sont condamnés lors de l’Inventaire à recevoir les pires cauchemars ! L’histoire se renverse brusquement quand les Gardiens découvrent leur double (marionnettes) dans les cinq caisses restées closes depuis le début de l’histoire ! L’idéologie d’un chef corrompue est dissoute laissant place au propos affiné de Trépasse qui parle d’altérité, d’identité, de mémoire reconquises et affirmées. Quittant leurs costumes sombres, les Gardiens redeviennent Vivants en s’appropriant les vêtements colorés de leurs marionnettes, qu’ils transforment en Gardiens, manipulés à leur tour. « Moi Vivant, je veux rester unique propriétaire de mes secrets et désirs les plus profonds !

Cette boucle inattendue où les marionnettes entre en jeu étaient pour moi un “pont” formidable : une mutation, un Trépas entre le Vivant et la Mort. On ne sait plus comment tout ça a réellement commencé, qui furent les premiers à mourir, à naître, à diriger ici. Le Passeur n’était-il qu’un ambassadeur de la raison qui manipulait l’inconscient des Dormeurs pour empêcher leur être de se réaliser ? Trêve de questions, qu’importe ! Certes Il y a notre narration subtile proposée dans les temps forts et l’Inventaire, mais aussi celle que les « habitants-passants » s’inventeront car ils n’auront pu assister à chaque pièce de notre puzzle quotidien. Alors ce qui compte par dessus tout c’est leurs histoires insaisissables qui vivront dans leur imaginaire après notre passage. Une chose est sûre pour ceux qui assisteront à notre FIN, elle est heureuse et en couleur ! Je vous souhaite à tous une Bonne Nuit...

Anthony Gouraud



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